Aluminium

Roger Boivin | L’usine Vaudreuil à la croisée des chemins

Le complexe industriel régional de Rio Tinto Alcan abrite une importante composante méconnue du grand public : l’usine Vaudreuil. Située au cœur du complexe Jonquière, cette installation est en opération depuis 1936. Bonne nouvelle, RTA projette de prolonger la vie utile de Vaudreuil pour au moins 25 ans encore! 

Par Roger Boivin, chroniqueur économique

Mais, pour y arriver, Vaudreuil doit relever un important défi : trouver un site pour entreposer les résidus générés par le fonctionnement de l’usine.

UNE USINE UNIQUE ET STRATÉGIQUE

La production industrielle moderne de l’aluminium se fait à partir de  l’alumine, un produit qui doit d’abord être extrait d’autres minerais, notamment de la bauxite qui est une roche que l’on retrouve surtout dans les pays tropicaux. La fonction de l’usine Vaudreuil est justement l’extraction de l’alumine de la bauxite. C’est la seule usine de ce type au Canada. Vaudreuil satisfait actuellement environ les deux tiers des besoins en alumine des usines RTA du Saguenay-Lac-St-Jean, le reste étant importé d’usines situées directement près des mines de bauxite. Pour obtenir une tonne d’alumine, il faut deux tonnes et demie de bauxite, le reste étant essentiellement du sable rouge.

UNE PRODUCTIVITÉ EXCEPTIONNELLE

Cela explique que la très grande majorité des usines d’alumine sont situées directement près des mines de bauxite. Cela évite de transporter des millions de tonnes de produits sur de très grandes distances. De plus, les pays où sont situées les mines de bauxite font d’importantes pressions sur les compagnies d’aluminium pour que la production d’alumine se fasse localement afin de créer de l’activité économique et des emplois chez eux. Malgré le désavantage de ne pas être située sur une mine de bauxite, Vaudreuil parvient à produire de l’alumine à un cout mondialement concurrentiel grâce à une productivité exceptionnelle des employés, saluée mainte fois par RTA, et par une série d’investissements judicieux de la compagnie : amélioration du procédé, utilisation du gaz naturel – moins couteux et plus écologique au lieu du mazout, etc.

Vaudreuil transforme chaque année plus de 3,5 millions de tonnes de bauxite en 1,5 million de tonnes d’alumine, ce qui génère une très importante activité économique ici. Par exemple, 35 des 120 navires qui accostent chaque année aux installations portuaires de RTA à La Baie  transportent la bauxite de Vaudreuil. Pour acheminer cette bauxite à Jonquière, il ne faut pas moins de 35 000 wagons de chemin de fer !!! Uniquement au port et au chemin de fer, on peut estimer qu’une centaine d’emplois sont directement liés aux activités de Vaudreuil.

L’USINE DE BRASQUE AUSSI

Un autre élément peu connu est le fait que le fonctionnement de la toute nouvelle usine de RTA spécialisée dans le traitement sécuritaire de la brasque au complexe Jonquière (un résidu de l’opération des alumineries) nécessite la poursuite des opérations de Vaudreuil, car il utilise directement dans son fonctionnement des éléments produits par Vaudreuil. Cette usine construite au cout de 125 millions de $ génère une cinquantaine d’emplois et son procédé unique au monde a été développé chez nous au Centre de recherche d’Arvida.

UN GÉNÉRATEUR D’EMPLOI IMPORTANT

Peu d’entre nous réalisent que Vaudreuil est une des plus importantes installations industrielles de la région, avec environ 600 travailleurs syndiqués et cadres. Pour se faire une idée de son importance dans l’économie de la région, iI suffit de rappeler que, selon une analyse de Statistique Canada et du groupe SÉCOR, les usines du type Vaudreuil (secteur des produits chimiques) génèrent 2,45 emplois indirects pour chaque emploi direct existant dans l’usine. Avec un tel multiplicateur général de 2,45, les usines de type Vaudreuil dépassent de 14 % la moyenne canadienne des industries manufacturière dont le multiplicateur général d’emploi est de 2,15.

Il est particulièrement notable de constater que l’industrie de la fonte et de l’affinage de l’aluminium présente un multiplicateur général d’emploi de 2,17, soit 13 % de moins que celui de Vaudreuil. L’industrie des pâtes et papiers, avec un multiplicateur général d’emploi de 2,29, se situe également à 7 % en arrière de l’impact économique généré par une usine de type Vaudreuil Toujours aussi révélateur est le multiplicateur général d’emploi pour la fabrication de produits métallique (incluant la transformation de l’aluminium) qui n’est que de 1,71, soit 43,3 % moins élevé que celui de Vaudreuil.

Ainsi, une aluminerie génère 13 % moins de retombées économiques par emploi qu’une usine de type Vaudreuil et une usine de transformation de métal, 43 % de moins. Cela s’explique, entre autres, par le fait que le fonctionnement de l’usine elle-même est très complexe, requérant un important nombre d’employés hautement spécialisés de RTA, en plus de nombreux employés externes chargés de l’entretien constant de cette usine qui fonctionne 365 jours par an.

UN AVENIR LIÉ A LA GESTION DES RÉSIDUS INDUSTRIELS

La poursuite des activités de Vaudreuil est donc primordiale pour la région. Le défi qui se pose est la gestion des résidus industriels que produit Vaudreuil chaque année. En effet, nous l’avons souligné, la bauxite ne contient qu’environ 40 % d’alumine, on doit donc disposer du 60 % de résidus. Ceux-ci contiennent du sable et de la soude caustique utilisée pour extraire l’alumine. Ces résidus doivent, selon la loi, être entreposés dans des sites d’où ils ne peuvent entrer en contact avec les nappes phréatiques souterraines ou les cours d’eau. Depuis 1936, ces résidus appelés boues rouges (la bauxite contenant de l’oxyde de fer), sont entreposés principalement derrière le complexe Jonquière (site toujours en activité) et dans un site près du lac Kénogami (site fermé aujourd’hui).La capacité maximale de stockage du site actuel sera atteinte autour de 2022, soit dans huit ans. RTA propose d’ouvrir un nouveau site (une expansion du site actuel vers l’est), nouveau site qui aurait une vie utile de 17 ans.

Contrairement à ce qui se faisait jusqu’à récemment, les résidus de l’usine Vaudreuil seront dorénavant compactés en gros blocs de sable d’où l’eau aura été retirée préalablement en bonne partie. Cela permettra d’empiler sécuritairement ces blocs jusqu’à une hauteur de 30 mètres sur le site actuel et sur son expansion vers l’est. La réalisation du projet demanderait deux ans de travaux et devrait être lancée en 2017.L’ensemble du projet sera bien sûr préalablement évalué par le BAPE.

Considérant l’importance des enjeux, RTA a récemment lancé un processus de consultation principalement avec les résidents  du voisinage et ses partenaires pour mieux connaitre la réception de son projet dans la communauté. La capacité du milieu et de RTA à développer un projet à la fois socialement acceptable, viable économiquement et irréprochable au niveau environnemental sera donc déterminante pour l’avenir de l’usine Vaudreuil et des importantes retombées économiques qui en découlent, pour la région.

Article précédent

Rio Tinto trace un bilan positif du Développement Économique Régional au Québec

Article suivant

Investissement de 1,2 M$ pour le St-Hubert Express à Dolbeau-Mistassini

1 commentaire

  1. Dominique Côté
    13 novembre 2015 à 8 h 43 min — Répondre

    Tout d’abord très bon article M. Boivin juste une petite correction en ce qui à trait à l’usine de traitement de la brasque qui a été un investissement de l’ordre de 255 millions $. Merci encore pour avoir écrit cet article vraiment révélateur de l’impact économique de Vaudreuil pour une région comme la nôtre et dont l’économie demeure très fragile!

    Dominique, opérateur à l’usine de traitement de la brasque Riotinto

Laisser une réponse

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *