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Karine Boivin Forcier

SAGUENAY – Le gouvernement du Québec injectera 7,5 M$ pour l’étude de faisabilité du projet de prolongement du chemin de fer entre Dolbeau-Mistassini et Baie-Comeau, intitulé QcRail. L’annonce a été faite lors de la présentation du premier budget du ministre des Finances, Éric Girard, hier.

Le coût total du projet, qui prévoit la création d’un tronçon ferroviaire de 370 km entre Dolbeau-Mistassini et Baie-Comeau, est estimé à 1,6 G$. Le directeur du développement industriel et directeur du projet QcRail chez Innovation et Développement Manicouagan (ID Manicouagan), Guy Simard, indique que l’avis de projet a été donné en 2018 et que les études préliminaires et de marché ainsi que les premières consultations publiques ont été réalisées.

L’étude de faisabilité devrait débuter en 2019 et ses coûts sont estimés à 15 M$. « Le gouvernement vient de confirmer que plus de 50 % du coût de l’étude est financé. Nous poursuivons nos discussions avec différents partenaires investisseurs et le gouvernement du Canada », précise M. Simard. Selon lui, l’appui financier du gouvernement vient confirmer l’intérêt de créer ce nouveau lien ferroviaire. « Le gouvernement veut qu’on aille de l’avant avec le projet de ce corridor de commerce nordique. […] Le fait qu’il endosse le principe, pour nous, c’est une bonne nouvelle », ajoute-t-il.

Le directeur du développement économique souhaite pouvoir confier des mandats de services professionnels le plus rapidement possible. « On veut que beaucoup de monde travaille dans nos régions pour réaliser l’étude de faisabilité », souligne-t-il. Cette étude devrait s’échelonner sur 15 mois et inclut également l’étude d’impact environnemental et les consultations publiques.

Réaction de Saguenay

Le maire suppléant de Saguenay, Michel Potvin, a dit ne pas comprendre les intentions du gouvernement dans ce dossier. « On a déjà un chemin de fer qui part de Chibougamau et qui va jusqu’au port de Grande-Anse. Pourquoi en faire un autre? Pour nous, c’est très questionnable, a-t-il affirmé.

Au moment de mettre sous presse, il avait été impossible de joindre le maire de Dolbeau-Mistassini afin d’obtenir ses réactions.

Un corridor nordique

Rappelons qu’ID Manicouagan souhaite réaliser ce tronçon afin de créer un corridor ferroviaire nordique qui permettrait d’éviter les grands centres urbains et la congestion des milieux habités, en plus de désengorger les réseaux actuels. Selon Guy Simard, ce projet permettrait de raccourcir le temps d’expédition de ressources naturelles au Canada de six jours par rapport aux terminaux existants. « C’est majeur, ce n’est pas seulement pour les régions du Saguenay–Lac-Saint-Jean, de la Côte-Nord et du Nord-du-Québec. C’est une solution pour le Canada au grand complet », souligne-t-il, citant en exemple les grains de l’Ouest canadien, le minerai du nord de l’Ontario, etc.

M. Simard affirme que le projet se veut complémentaire aux terminaux existants. « On veut prendre en charge l’augmentation du transport de vrac anticipé avec les accords économiques avec l’Europe et le Partenariat transpacifique. Les projections prévoient une augmentation de 14 à 32 millions de tonnes des exportations », mentionne-t-il, questionnant la façon dont le réseau ferroviaire pourra prendre en charge cette augmentation. Selon lui, le port en eau profonde de Baie-Comeau a la capacité d’accueillir beaucoup de volume de matière en vrac, alors que certains terminaux manquent d’espace. Il permet également d’utiliser de plus gros navire, stockant plus de matière, que ceux qui quittent, par exemple, à partir des grands lacs.

Deux tracés potentiels ont été étudiés pour la création du corridor nordique, l’un passant un peu plus au sud, par La Tuque, et un dit « optimisé », qui circulerait par Chibougamau-Chapais et qui nécessiterait la réhabilitation de lignes du CN. « Mais le préalable, c’est de faire Dolbeau-Mistassini – Baie-Comeau », conclut Guy Simard.

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