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Serge Tremblay (Journaliste de l’Initiative de journalisme local)

La demande pour le papier surcalandré s’érodera de 50 % d’ici 2033, selon les données de Produits forestiers Résolu. Pour la papetière de Dolbeau-Mistassini, demeurer un joueur très efficace et compétitif sur ses coûts de production sera la clé pour assurer la pérennité des opérations.

C’est le message qu’a livré le directeur de la papetière, Gerry Clapperton, à l’occasion d’une présentation organisée récemment par la Ville de Dolbeau-Mistassini. « La demande diminue de 7 % par année. D’ici 2033, on estime qu’elle passera de 1,4 million de tonnes à 650 000 ou 700 000 tonnes. La demande qui décline nous force à trouver des façons intelligentes d’optimiser notre production », a-t-il expliqué.

Avec une capacité de production de 142 000 tonnes pour la seule papetière de Dolbeau-Mistassini, on comprend aisément que le marché en forte diminution sera rapidement saturé. Les usines les moins performantes y passeront.

La bonne nouvelle, c’est que l’usine dolmissoise est très bien positionnée sur le plan de la compétitivité. « L’usine de Dolbeau a une structure de coûts très efficace. Elle appartient au premier quintile et fait donc partie des meilleures au monde. Lorsque la demande baisse, que les marchés s’éloignent et que la profitabilité diminue, être très efficace te permet d’être encore là où tu veux être et d’avoir une vision sur 5 ou 10 ans. »

Gamme de papier

Gerry Clapperton souligne par ailleurs que le grade de papier fabriqué à Dolbeau-Mistassini, soit un papier bas de gamme, devrait continuer d’avoir sa place sur les marchés. « La tendance du marché, c’est d’essayer d’aller vers le moins cher. Pour un client qui doit tourner rapidement et faire du volume, le bas de gamme sera toujours intéressant. »

Puisque l’usine produit actuellement à bas coût, il y a place à espérer qu’elle soit toujours en opération dans un contexte où il y aura de moins en moins de joueurs. C’est le pari que la direction fait et c’est en ce sens qu’elle oriente ses efforts. « La diminution de la demande pour le papier est une tendance un peu irréversible. Il faut constamment se “challenger” pour être compétitif et produire à bas coût. »

Cogénération

L’autre élément qui joue en faveur de la papetière de Dolbeau-Mistassini, selon Gerry Clapperton, c’est la cogénération. « La cogénération est l’outil par excellence pour maintenir notre usine sur le long terme. Nous avons un contrat avec Hydro-Québec pour encore les 6 ou 7 prochaines années, ensuite il faudra ouvrir les discussions pour le prolonger. Ce sera le moment de faire valoir son importance pour la région, mais on n’entrevoit pas de problème. »

Un projet d’investissement dans la mire

Si le papier est un marché en décroissance, cela ne veut pas dire pour autant qu’il ne soit plus possible d’y faire de bonnes affaires dans l’avenir. La papetière de Dolbeau-Mistassini a fait l’objet de certains investissements dans la dernière année afin de renforcer sa position et la direction en a d’autres dans sa mire. « Nous avons obtenu des budgets additionnels afin de remettre notre usine à flot. On regarde pour aller vers le futur. Je travaille fort pour avoir un projet en matière d’énergie d’environ 15 M$ pour 2020. J’ose espérer que le conseil d’administration va se rallier à nous pour le maintien de notre usine », a précisé Gerry Clapperton.

Sans vouloir entrer dans les détails, le directeur de la papetière a toutefois indiqué qu’il s’agit d’un projet pour réduire les gaz à effet de serre et améliorer la performance énergétique de l’usine. « Plutôt que de miser sur un seul gros projet, j’essaye de regrouper plusieurs plus petits projets ensemble. À partir de là, il faut faire la démonstration de ce que ça apportera et en combien de temps le projet pourra se repayer et devenir rentable pour l’entreprise. »

Main-d’œuvre

Produits forestiers Résolu l’a souvent répété ces dernières années, l’enjeu de la main-d’œuvre est une préoccupation majeure au sein des usines du groupe. À la papetière, la situation est relativement stable même si certains besoins se font sentir. « Nous avons 164 postes de budgétés, mais c’est toujours en fluctuation et on doit s’adapter. Actuellement, nous avons la main-d’œuvre pour opérer, mais il y a toujours des opportunités pour des postes plus stratégiques. »

Les métiers plus spécialisés, les mécaniciens et électriciens notamment, sont plus en demande et difficiles à trouver. De ce côté, les candidatures sont généralement plus rares, mais l’entreprise arrive à respecter un certain plancher. « Quand on regarde dans l’ensemble chez Produits forestiers Résolu, on a un 30 à 35 % de gens à remplacer, alors il y a des opportunités. »

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