Auteur

Karine Boivin Forcier

N.D.L.R. Le texte qui suit fait partie d’un dossier rédigé dans le cadre du cahier thématique dont le thème est : Industrie numérique, un écosystème à propulser, publié dans notre édition du mois de mai.

SAGUENAY – Les pratiques numériques comptaient, en 2022, pour 3,5 % des émissions de gaz à effet de serre (GES) mondiales. En cette ère de virage technologique, la sobriété numérique devient un enjeu incontournable pour les entreprises. D’autant que plusieurs organismes financiers intègrent maintenant des critères environnementaux et de durabilité à leurs politiques d'investissement.

Selon le directeur général du Centre québécois de développement durable (CQDD), Nicolas Gagnon, les experts s’attendent à ce que le pourcentage des émissions mondiales de GES dues aux pratiques numériques double d’ici 2025. "C’est déjà plus important que les émissions liées au transport aérien. C’est devenu majeur", affirme-t-il.

Les pratiques numériques concernent l’utilisation d’équipements informatiques, de centres de données, de services infonuagiques, de conception de services numériques, etc. Elles ont des impacts environnementaux considérables. "La question de la sobriété numérique touche toutes les organisations, peu importe leur domaine", souligne M. Gagnon.

Celui-ci explique toutefois que la part du numérique dans les émissions de GES d’une entreprise va varier selon son secteur d’activité. "Si je prends une PME manufacturière ou industrielle, ça va être minime dans le pourcentage global de ses émissions. Pour une firme de services, où on est toujours en train de gérer de l’information, de recevoir des courriels et autres, c’est sûr que l’enjeu va être plus grand. Mais c’est important que tout type d’entreprise se pose des questions par rapport à ça", mentionne le directeur général du CQDD.

Des critères

Cette réflexion est d’autant plus importante que de plus en plus d’institutions financières et d’organismes de développement économique intègrent des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) à leurs programmes d’investissements. Dans une étude publiée récemment, le CQDD a sondé 80 % des 109 organismes de développement économique québécois. Quelque 47 % d’entre eux ont déjà des considérations de financement durable dans leurs politiques. D’ici deux ans, 44 % des répondants prévoyaient en implanter, et 7 % pensaient le faire d’ici trois à cinq ans.

"C’est donc dire qu’au Québec, il y a seulement 2 % des organismes de développement économique qui ne planifient pas bouger par rapport à ça. Il y a 15 ans, c’était l’inverse. […] Nous avons les mêmes signaux du côté des institutions financières. Il y a une mouvance forte", révèle Nicolas Gagnon. Les bailleurs de fonds vont se baser sur ces critères et utiliser certaines modalités financières pour encourager les entreprises à y répondre.

Montants importants

Le directeur du CQDD estime que les critères ESG viseront éventuellement des masses de capitaux assez importantes dans la province. Par exemple, les 23 organisations que le CQDD accompagne actuellement dans une démarche de financement durable représentent des fonds de 60 M$ par année. "Nous avons le potentiel de toucher plusieurs centaines de millions de dollars par an avec ce projet", mentionne-t-il.

Nicolas Gagnon ajoute qu’il s’attend à ce que le gouvernement établisse prochainement des directives plus claires envers les bailleurs de fonds en matière de développement durable. "En ce moment, ce qu’on observe, c’est que le poids des critères ESG devient plus lourd dans la balance pour la prise de décisions d'investissement. On est passé d’une étape de sensibilisation à un stade d’évaluation. Et ce qu’on entend, pour le futur, c’est qu’il y aura des critères d’exclusion", indique-t-il.

Se positionner

Selon Nicolas Gagnon, les entreprises doivent penser dès maintenant à se positionner en matière de développement durable. "Les efforts des organisations par rapport aux enjeux environnementaux, sociaux et de gouvernance […] vont prendre de plus en plus de poids. On sait que c’est exigeant, mais l’augmentation du phénomène des changements climatiques commence à amener un éveil collectif. Ça va être un incontournable", croit-il.

En matière de numérique, les PME qui désirent réduire leur impact peuvent mettre en place différentes pratiques. M. Gagnon recommande notamment d'être vigilant par rapport au nombre de courriels envoyés ou reçus et de privilégier le texto, de fermer les onglets non utilisés du navigateur Internet, d’éteindre les bornes Wi-Fi en dehors des heures d’ouverture du bureau, de se désabonner des infolettres peu pertinentes, de faire réparer les appareils plutôt que d’en acquérir des neufs, d’avoir des critères d’achat d’équipements électroniques, etc. "Il y a un souci à avoir sur les effets de nos nouvelles pratiques numériques sur l’environnement. Et je pense que c’est là qu’il reste encore un bout de chemin à faire", conclut Nicolas Gagnon.

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