Informe Affaires - Édition Novembre 2015 - page 15

INFORME AFFAIRES,
Le MENSUEL
économique d’ici •
NOVEMBRE 2015 • 
15
À écouter Alain Gagnon, président
du Syndicat National des Em-
ployés(es) de l’Aluminium d’Arvida
(SNEAA), on a l’impression de par-
ler à un développeur plutôt qu’à un
syndicaliste. Cependant, ne vous
y trompez pas! L’homme qui s’ex-
prime devant moi défend bec et
ongles les membres du SNEAA et
assure avec passion la direction de
son organisation avec positivisme
et pragmatisme.
Son propos est très loin du discours
provocateur et revanchard de plusieurs
de ses prédécesseurs des décennies
passées. Or, c’était une autre époque...
et un autre combat! Alain Gagnon ne
juge pas, mais assume sa position. «Il
y a quelques années encore, on tra-
vaillait 95% de notre temps pour 5%
des gens qui ne voulaient pas avancer.
Aujourd’hui on travaille à 100% pour
ceux qui veulent conserver nos usines
en opération et performantes», lance-
t-il. Alain Gagnon parle aujourd’hui un
autre langage avec des mots comme
mondialisation, compétitivité, perfor-
mance au travail et bourse des métaux.
«Nos membres sont derrière nous»
Le président du SNEAA maintient
que toute son équipe et ses membres
sont derrière lui. Pour sa part, il est
constamment en mode solution. «Il
faut à tout prix maintenir nos usines ou-
vertes et nous sommes un syndicat de
solutions», assure-t-il. Alain Gagnon
explique que depuis 2009, les efforts
et les sacrifices de ses membres ont
permis de prolonger la vie des salles
de cuves précuites et d’obtenir la pre-
mière phase de l’usine AP-60. «Main-
tenant, nous voulons les phases 2 et
3 d’AP-60», précise-t-il. Cependant,
l’homme est conscient qu’on est en-
core loin de la coupe aux lèvres, alors
que le prix du métal est au plancher.
Le «dumping» des Chinois force à
innover
Autre réalité incontournable : le «dum-
ping» du métal à bas prix, notamment
par les producteurs chinois, auprès
des clients de Rio Tinto. Selon le syn-
dicaliste, Il faut constamment que la
compagnie soit à l’affût, se réinvente
et innove du côté des alliages et des
produits de niche pour conserver des
parts de marchés. Alain Gagnon
avance que les membres du SNEAA,
partout sur le plancher des usines, col-
laborent activement à développer des
recettes et à améliorer des procédés
de fabrication pour garder les produits
«sur la coche». Pour le président du
SNEAA, le cas de l’usine Vaudreuil, qui
ne cesse de battre des records d’effi-
cience, est un parfait exemple de cette
approche. «Nous avons une incroyable
coopération de nos travailleurs dans
les usines parce que nous ne leur ca-
chons rien de la situation réelle de nos
usines», confirme Alain Gagnon.
«Nous prenons aussi soin de nos
PME»
Le président du SNEAA avance que
son équipe a comme priorité d’assurer
des emplois de qualité à ses syndi-
qués, mais que ses officiers ont aussi
une préoccupation pour les employés
des nombreuses PME qui gravitent
autour de Rio Tinto. Alain Gagnon ex-
plique que le SNEAA est affilié à Uni-
for et que plus de 700 travailleurs de
PME régionales sont aussi membres
de ce syndicat. Dans ce contexte, le
développement des fournisseurs et
des équipementiers régionaux sont
incontournables pour le SNEAA.
«Nous prenons aussi soin de nos
PME», lance-t-il en guise de conclu-
sion.
Inf:sneaa.qc.ca
se situe également à 7 % en arrière de
l’impact économique généré par une
usine de type Vaudreuil Toujours aussi
révélateur est le multiplicateur général
d’emploi pour la fabrication de produits
métallique (incluant la transformation
de l’aluminium) qui n’est que de 1,71,
soit 43,3 % moins élevé que celui de
Vaudreuil.
Ainsi, une aluminerie génère 13 %
moins de retombées économiques par
emploi qu’une usine de type Vaudreuil
et une usine de transformation de mé-
tal, 43 % de moins. Cela s’explique,
entre autres, par le fait que le fonc-
tionnement de l’usine elle-même est
très complexe, requérant un important
nombre d’employés hautement spécia-
lisés de RTA, en plus de nombreux em-
ployés externes chargés de l’entretien
constant de cette usine qui fonctionne
365 jours par an.
Un avenir lié à la gestion des
résidus industriels
La poursuite des activités de Vaudreuil
est donc primordiale pour la région. Le
défi qui se pose est la gestion des ré-
sidus
indus-
triels que pro-
duit Vaudreuil
chaque année.
En effet, nous
l’avons
sou-
ligné, la bau-
xite ne contient
q u ’ e n v i r o n
40 % d’alumine,
on doit donc disposer du 60 % de rési-
dus. Ceux-ci contiennent du sable et de
la soude caustique utilisée pour extraire
l’alumine. Ces résidus doivent, selon la
loi, être entreposés dans des sites d’où
ils ne peuvent entrer en contact avec
les nappes phréatiques souterraines ou
les cours d’eau. Depuis 1936, ces rési-
dus appelés boues rouges (la bauxite
contenant de l’oxyde de fer), sont entre-
posés principalement derrière le com-
plexe Jonquière (site toujours en activité)
et dans un site près du lac Kénogami
(site fermé au-
j ourd ’ hu i ) . La
capacité maxi-
male de stoc-
kage du site
actuel
sera
atteinte autour
de 2022, soit
dans huit ans.
RTA propose
d’ouvrir un nouveau site (une expansion
du site actuel vers l’est), nouveau site qui
aurait une vie utile de 17 ans.
Contrairement à ce qui se faisait jusqu’à
récemment, les résidus de l’usine
Vaudreuil seront dorénavant compactés
en gros blocs de sable d’où l’eau aura
été retirée préalablement en bonne par-
tie. Cela permettra d’empiler de façon
sécuritaire ces blocs jusqu’à une hau-
teur de 30 mètres sur le site actuel et
sur son expansion vers l’est. La réalisa-
tion du projet demanderait deux ans de
travaux et devrait être lancée en 2017.
L’ensemble du projet sera bien sûr préa-
lablement évalué par le BAPE.
Considérant l’importance des enjeux,
RTA a récemment lancé un processus
de consultation principalement avec
les résidents du voisinage et ses par-
tenaires pour mieux connaître la récep-
tion de son projet dans la communauté.
La capacité du milieu et de RTA à dé-
velopper un projet à la fois socialement
acceptable, viable économiquement et
irréprochable au niveau environnemen-
tal sera donc déterminante pour l’avenir
de l’usine Vaudreuil et des importantes
retombées économiques qui en dé-
coulent pour la région.
Le SNEAA ou le syndicalisme pragmatique
303R11-15
Alain Gagnon assure que ses membres ont
consacré de grands efforts pour être encore
plus productifs et innovateurs au cours des
dernières années. «On est encore debout
même si nous opérons les plus vieilles
usines du monde».
(Photo: Guy Bouchard)
La capacité du milieu et de RTA à
développer un projet à la fois socialement
acceptable, viable économiquement et
irréprochable au niveau environnemental
sera donc déterminante pour l’avenir de
l’usine Vaudreuil et des importantes
retombées économiques qui en découlent
pour la région.
par Guy Bouchard
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